La Guerre des Clans 123
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 Un quotidien ennuyeux

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MessageSujet: Un quotidien ennuyeux   Jeu 17 Juil - 0:02



Un quotidien ennuyeux





Visage parmi la foule

Il était midi passé depuis au moins une bonne demi-heure. Le soleil d'été perché au sommet du ciel commençait tout juste à baisser d'intensité, ses rayons plus rasants s'infiltraient dans les maisons à travers les fenêtres et baies vitrées, dessinant sur le sol des rectangles lumineux où dansait la poussière. L'un d'entre eux s'était formé depuis quelques minutes sur le visage aux yeux clos d'un homme qui n'avait rien à faire là. À quoi rêvait-il ? À rien, il ne dormait plus. Comment voulez-vous dormir lorsque le soleil à décidé de se glisser à travers vos paupières ? Alors à quoi pensait-il ? Au chaos. Quel genre de chaos ? Tous ceux qu'il avait vécu et qui lui revenaient en rêve. Le bruit, la poussière, la brume...
Il ouvrit les yeux, faisant face au plafond. Cela faisait longtemps qu'il n'en avait pas vu. C'était étrange pour lui de se réveiller avec une sorte de mur blanc au-dessus de la tête à la place d'un ciel plus ou moins étoilé. C'était presque étouffant. Le lit était dur, l'air lourd. Le soleil mis à part, la pièce semblait sombre, si fermée autour de lui. Son souffle régulier semblait résonner dans le silence de la maison vide. Un instant il songea à fermer les volets pour essayer de se rendormir, mais il en avait assez d'attendre là, allongé et droit comme un piquet attendant d'être redressé.
Il se leva, alla à la fenêtre et regarda dehors. La journée semblait bonne. Dehors, la rue semblait déserte. À cette heure, la plupart des gens étaient partis vaquer à leurs occupations. Au parc ou à un quelconque travail. Seuls deux chats étaient restés chez eux, installés côte à côte au sommet d'une palissade. Smith referma les rideaux remit ses chaussures et lissa un peu ses vêtements. Dormir habiller peut sembler étrange, mais il n'avait rien d'autre que ce qu'il portait sur le dos et il n'était pas du genre à risquer de le perdre. Il enfila son long manteau beige, sûrement mal adapté à la saison, mais là encore, il ne s'en serait séparé pour rien au monde. De plus, quelque chose lui disait qu'il aurait besoin de poches, on a toujours besoin de poches. Il dévala les escaliers, passa sans s'arrêter à travers le couloir qui séparait la cuisine de la salle à manger et stoppa dans l'entrée où se trouvait un miroir. Il s'y regarda un instant, passa une main dans ses cheveux pour les ébouriffer un peu et sortit.


Marchant au milieu de la rue, mains dans les poches, John Smith errait sans but apparent dans l'agité Quartier Est. Personne ne faisait attention à lui. Personne ne fait jamais attention à qui que ce soit dans une rue piétonne bondée. Bon, n'exagérons rien, ce n'était pas non plus comme s'il était impossible de faire un pas sans rentrer dans quelqu'un, mais il y avait bien assez de monde pour que chaque individu se soit fondu en une foule. Smith s'assit sur un banc, ce n'était pas vraiment son genre de s'asseoir et d'attendre, plus depuis longtemps, mais par où commencer lorsque tout est encore à faire ? Il n'en avait aucune idée. Il resta donc là, face aux vitrines des magasins.
Il vit d'abord passer un petit groupe de clients sortant d'un restaurant. Puis une femme promenant un chien. Il vit un homme, un peu serré dans une blouse blanche, se diriger vers le quartier Ouest, une brochette d'adolescents heureux d'être en vacances et de pouvoir enfin faire toutes les boutiques de leur choix. Loin du chaos. Pas un seul ne regarda cet individu anonyme assit seul sur un banc. Pourquoi l'auraient-ils fait ? Il n'avait aucun endroit où aller, pas de travail à accomplir, pas d'amis à retrouver. Il n'avait qu'à attendre la fin de la journée, retourner dans la maison où il s'était installé, dormir et recommencer. Ennuyeux.
Il se leva brusquement et entra dans la première boutique qu'il trouva à son goût. Le restaurant. Cela tombait bien, il avait faim. À l'intérieur, il y avait déjà une bonne dizaine de personnes, la plupart en groupe de deux ou quatre voir plus. Il s'assit à une table comme n'importe quel client normal, commanda un plat au hasard et se fit servir. C'était une sorte de ragoût dont il ne parvint pas très bien à définir le contenu. Heureusement, le goût était un peu meilleur que l'apparence et dès qu'il commença son repas, son estomac cessa de gargouiller, mais c'était si ennuyeux de manger.
Il n'avait touché qu'à la moitié de son plat lorsqu'il vit entrer un homme d'une soixantaine d'années. Le genre à vivre seul, un peu comme lui. Un visage tout juste échappé de la foule. John se leva aussitôt, jetant un œil pour s'assurer que le gérant regardait ailleurs, et vint saluer le nouvel arrivant.

— Hello, dit-il d'un ton enjoué. Vous parlez Anglais ? Non ? Ce n'est pas grave. John Smith. Vous avez faim ? J'ai ma table juste là, le repas est déjà servit je vous l'offre.

L'homme bredouilla un merci étonné. Visiblement, il ne comprenait rien à ce qui lui arrivait. John lui adressa un sourire, légèrement moqueur, il ne pouvait s'en empêcher, mais assez convainquant pour son interlocuteur ne se pose pas plus de questions et se dirige vers la table tout juste laissée vacante. Le brun aux cheveux en bataille n'attendit pas une seconde de plus et sortit. Repus pour la journée.
Il passa à la boutique suivante, un bar. Aucun intérêt. À cette heure-là il devait être à moitié vide. Il poursuivit et passa devant un fleuriste à la devanture chargée d'une végétation bariolée. Il s'arrêta une seconde pour sentir l'odeur des lilas, mimosas, pensées et pois-de-senteurs.  Une petite fille et sa mère arrivaient en sens opposé. Il cueillit une rose jaune du vase où elle était plongée pour la donner à la fillette qui lui lança un regard émerveillé.

— Elle sera mieux avec toi qu'enfermée ici tu ne crois pas, dit-il simplement.

La gamine lui fit un magnifique sourire où manquaient deux dents de lait et lui répondit un adorable merci. Il lui fit un bref au revoir avant de reprendre sa route. Le quartier manquait encore un peu de distraction, mais au moins il s'occupait. Alors qu'il cherchait une boutique de vêtements digne de ce nom, il jeta un bref coup-d’œil sur une vitrine remplie de montres et d'horloges. Il freina aussitôt et examina les présentoirs d'un peu plus prêt. Tout un étalage de bracelets d'or ou de cuir prenaient le soleil sur des supports translucides. Il ne lui fallut pas longtemps pour se décider à entrer.
À l'intérieur, il tomba nez à nez avec une immense horloge dont le balancier produisait un son lourd et pesant. Tout autour d'elle, des dizaines de coucous, de montres à goussets, de réveils et d'autres objets qu'il ne parvenait pas à identifier rivalisaient de bruits de pistons, rouages et balanciers en un capharnaüm assourdissant. Il faillit ressortir aussitôt, mais n'en eut pas l'occasion, le propriétaire des lieux venait de sortir de ce qui devait être ses réserves.

— Bonjour, lança-t-il au gérant. J'ai vu vos modèles dans la vitrine, je peux essayer ?

– Bien sûr, monsieur. répondit l'homme en se dirigeant vers son nouveau client.

Il avait le dos légèrement voûté, les cheveux grisonnants, le regard fatigué, sans doute usé par des heures de travail sur toutes ces subtiles mécaniques. Il avança à petits pas pour ouvrir la vitrine et en sortir ses précieuses montres. Plus il le regardait, plus le brun ébouriffé se sentait mal à l'aise.

— Smith, John Smith, lança-t-il pour couper court à ses cas de conscience. Et vous ?

– Alfred

Smith se sentit un peu mieux, l'horloger était si amical que parler avec lui devenait la chose la plus naturelle du monde.

— Alfred, reprit le brun.J'adore votre nom. Super nom. Comment allez-vous Alfred ?

– Ma foi, bien depuis que je suis là.

— Ah oui, charmant endroit n'est-ce pas ? On dirait qu'il fait beau tous les jours, mais ne vous y trompez pas, c'est seulement parce que c'est l'été. Je voudrais bien essayer celle-là, la noire. J'ai entendu dire que l'hiver pouvait être aussi froid qu'au bon vieux temps.

– Et bien... nous verrons le moment venu j'imagine.

— Vous avez raison. J'aime votre bon sens.

Cela faisait si longtemps que Smith n'avait pas eut de conversation digne de ce nom avec quelqu'un qu'il ne cessa de parler tout en essayant les diverses montres qu'on lui proposait. Elles étaient tantôt petites et rondes tantôt semblables à de mini-ordinateurs, certaines si minuscules qu'on ne pouvait même pas y lire l'heure d'autres si grosses qu'elles dépassaient sur ses mains. Il aurait pût en glisser une dans sa poche, ni vu ni connu, certaines n'étaient pas si moches et il aurait pût les échanger contre des vêtements ou de la nourriture. Il en aurait eut bien besoin, plus que des fleurs ou un repas qui ne dure pas. Pourtant, il ne le fit pas. Alfred lui était sympathique, il n'avait pas envie de le voler. Après quelques temps, Smith voulut prendre congé, mais le vendeur le retint.

– Quel genre de montre aviez-vous avant ?

— Aucun. Pour être honnête, je ne suis pas très montre. Les secondes, le doré, les délais, tout ça... en fin de compte ce n'est pas pour moi.

– Alors prenez celle-ci, répondit le vendeur en lui passant une montre au poignet.

Elle était de forme rectangulaire, plus longue que large, discrète et élégante, son bracelet noir si léger qu'on ne le sentait presque pas. Les heures étaient en relief tout autour du cadran et les aiguilles semblaient comme des traits d'argent en suspension au-dessus d'un cercle où le mécanisme était apparent.

— Elle est magnifique, reconnut Smith. Mais je ne peux pas la garder.

– Ce n'est pas une montre à pile, si vous ne la gardez pas elle s'arrêtera, sa place n'est pas dans une vitrine, mais sur le poignet de quelqu'un. Le votre me semble bien.

— Je ne pourrais jamais la payer.

– Pas la peine, je vous la donne.

John ne put s'empêcher d'avoir l'air étonné. Il n'avait encore jamais entendu parler d'un commerçant généreux. Il porta la montre à son oreille, entendit le tic-tac doux du cœur mécanique prisonnier à l'intérieur. Il voulut la retirer pour la rendre à son propriétaire, Alfred l'en empêcha.

— J'aurais pu vous la voler, avoua-t-il.

– Je sais, mais vous ne l'avez pas fait, c'est plutôt bon signe. Non ?

Smith ne put qu'hausser un sourcil étonné, c'était une chose de donner une rose à une enfant, une autre de donner une montre à un voleur. Peut-être était-il en train de tomber dans un piège. L'horloger avait peut-être prévenu la police avec une alarme cachée et il se ferait arrêter à l'instant même où il mettrait le pied dehors.
Alfred lui sourit, un peu comme lui-même l'avait fait avec l'homme du restaurant, avec une expression moqueuse. John eut la désagréable impression d'être devenu aussi facile à lire qu'un prospectus publicitaire. L'horloger avait dans les yeux cette petite lueur qu'on tous ceux qui savent quelque chose que vous ignorez et qui vous prennent pour de gentils idiots.

– Gardez là Monsieur Smith, un homme comme vous doit avoir une montre.

Après une seconde d'hésitation, John sortit à reculons, sans même penser à dire merci. Il était bien trop stupéfié par ce qui venait de lui arriver. Il se retrouva dans la rue, seul sur le trottoir parmi la foule.  Personne ne faisait attention à lui tandis qu'il regardait sa nouvelle montre. A la lumière du jour, elle lui sembla si bien ajustée à son poignet qu'il se demandait presque comment il avait put s'en passer. Il la porta de nouveau à son oreille pour écouter la légère mélodie des engrenages pendant que passaient des têtes brunes, blondes, rousses, des peaux blanches, jaunes, noires, des visages à hauteur de ses yeux, plus bas et rarement plus haut. Tous si anonyme. Combien d'entre eux avaient un cœur moitié aussi grand que celui d'Alfred ? Smith rabaissa le bras et mit ses mains dans ses poches. Par où commencer ? Peu importait. Il fallait simplement commencer.

L'air était chaud, le soleil commençait à tomber de son zénith. Il eut envie de courir, mais ce n'était pas possible. Quand vous commencez à courir vous sortez définitivement de la foule, tout le monde vous regarde. Il était trop tôt pour cela, il avait encore besoin d’anonymat. Il mit les mains dans les poches, et reprit sa marche l'esprit léger, il lui restait tout un quartier à découvrir avant la nuit. Il lui faudrait ensuite rentrer, dormir et recommencer, il avait hâte. Demain serait-il aussi prometteur qu'aujourd'hui ? Il n'en savait rien, mais cette idée le fit fredonner.





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